Citation :
Le novice, à première écoute, pourrait parfois entendre dans Massive Attack une accumulation peu rigoureuse de sonorités versatiles et confuses. C’est ce qui m’avait originellement détournée de ce groupe, pourtant majeur. A l’écoute de Mezzanine, je m’étais vite lassée, trop paresseuse peut-être.
Avec du recul, je me suis vite rendue compte que c’était aller bien vite en besogne. Tout au contraire, Massive Attack est un orfèvre magistral du trip-hop qui sait manier à la perfection la force de sa musique. Chaque note, chaque tressaillement, chaque silence, tout est parfaitement ordonné et travaillé. Pourtant, et c’est là que la magie opère, l’ensemble parait tout à fait naturel. Cette grande préparation ne nuit aucunement à la spontanéité de l’entreprise.
3D et Daddy G, Karajan de la nouvelle musique électro, n’ont rien laissé au hasard, et encore moins à la médiocrité. S’ils ont pris leur temps pour réaliser ce nouvel opus, c’est qu’ils ont réussi à entrainer dans leur sillage un nombre impressionnant d’artistes. On retrouve les habitués : la fée soul Martina Topley-Bird et Horace Andy, le papy reaggeaman. S’y ajoutent également une pléiade d’autres musiciens comme Hope Sandoval (ex-Mazzy Star), Tunde Adebimpe (TV on the radio) ou Damon Albarn (Blur). Comme dans un orchestre, chacun est choisi pour son talent et sa couleur de voix.
Pour leur cinquième album studio (si on élude la BO de Danny the dog), Massive Attack nous emmène sur le minuscule archipel d’Heligoland, propriété teutonne. Je n’ai pas encore pu élucider la signification de ce choix de titre. Si vous en savez plus, vous serez bien aimable de me le laisser savoir.
Ce que l’on peut dire d’emblée est que cet album est plus abordable que ce qui a pu être fait auparavant. L’accent est mis sur le chant, souvent très beau, ce qui rend ainsi les morceaux plus structurés et moins perturbants (Splitting the Atom, Flat of the Blade). On se perd moins dans de grandes envolées décalées. C’est un poil plus convenu, mais cela reste tout à fait dans l’esprit que l’on connait bien.
Cela dit, Heligoland est loin d’être fade ou conventionnel. On retrouve une basse puissante, prête à réveiller Solo et Séguin de là où ils sont, un beat de batterie rapide et râpeux, figure de proue du trip-hop et des surprises sonores à tous les coins de rue. Oh, la jolie guitare (Psyche). Oh, on dirait Vanessa Paradis – oui, j’ose (Babel).
Dans l’ensemble, cet album est plutôt plus tranquille que les précédents, et plus léger également (Paradise Circus). A part la première piste, Pray for Rain, dont les roulements de tambour sont légèrement inquiétants, les autres morceaux sont positifs, presque enjoués. Cela semble trancher avec la nostalgie habituelle de la musique de Massive Attack.
Cet album mérite amplement de multiples écoutes, dans l’ordre ou dans le désordre, afin de s’appesantir sur tel ou tel détail… un clavier, un grain de voix, un bout de phrase. J’ai beau tenter de lancer des morceaux au hasard, j’ai du mal à trouver un fil commun entre les dix morceaux qui, au final, sont très disparates – bien que toujours marqués du sceaux de Massive Attack. Cela tient sans doute en partie au fait que l’interprète changeant à chaque piste, il imprègne forcément beaucoup son passage de sa patte personnelle.
Au final, un très bel album, reposant et introspectif, mais qui sait aussi rappeler à l’auditeur que son originalité n’est pas en berne. Des cuivres, très bien intégrés sur Girl I Love You aux synthés débridés d’Atlas Air, l’heure n’est pas au déjà vu.
Avec Archive en 2009, Massive Attack en 2010… Portishead en 2011 ? Le trip-hop tient son rang de la plus belle des façons et entend bien continuer à se révéler à l’avenir. Je dors sur mes deux oreilles.
|